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-::- Première partie : La Traversée…
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Chapitre 2
Marrakech – 11 décembre 1198 – 9 safar 595
Douze ans après la fameuse conjonction de toutes les planètes
en Balance,
556 ans après l’incendie de la grande bibliothèque
d’Alexandrie.
Le ciel de Marrakech ne ressemble ce matin à aucun autre ciel, à
aucun autre matin. Noir comme l’encre de la mer une nuit sans lune,
mais brillant comme l’étincelle que projette la lame du cimeterre
lorsqu’elle tutoie le soleil. Noir et brillant. « Le soleil et
la lune seront-ils donc bientôt réunis ? » se demande le
vieux peuple de Marrakech troublé par l’étrange phénomène.
Brillant, le feu qui brûle les herbes sèches et ricoche sur les
briques rouges ! Noire la fumée qui aspire les regards des passants
et les escorte jusqu’aux cimes du ciel. Une épaisse et pesante
poussière noire qui contraste tant au pays des sables ocre descend
lentement et s’infiltre en chacun. Étouffante, accablante.
Les enfants de Marrakech, les yeux courbés par le chagrin mais levés
vers le ciel, observent la pluie de cendres s’abattre doucement sur
leur cité.
Un ciel noirci de cendres chaudes et de mornes fumées qui, du cœur
de la casbah jusqu’aux contreforts de l’Atlas, semble venir d’un
autre temps.
556 ans plus tôt, en effet, les sept cent mille rouleaux dérobés
au plus prestigieux des musées d’Alexandrie brûlèrent
dans les bains publics de la capitale égyptienne.
Ces cendres sacrées, portées par le vent, si longtemps contenues
dans les plis froissés de la nuit des temps, retombent aujourd’hui
sur Marrakech, transformant la cité almohade en « jardin du souvenir
».
Elles pleuvent, ces poussières de feu, épluchures du temps,
sur les contreforts de l’Atlas et sur les mains de Jandal, sur
ses longs cheveux noirs, sur ses habits trop larges dans lesquels flotte
son corps fluet. Jandal ibn Zufar, peintre enlumineur, calligraphe et
scribe officiel de l’Empire, se rend comme chaque matin au palais
du conseiller du prince, et comme chaque matin traverse d’un bon
pas la place du Néant. [...]
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