Contact      
Accueil Les auteurs Le roman  Les Arcanes  
 Les tirages

Chapitre 4

Où le mot « retrouvaille » prend son sens le plus sacré

À peine a-t-il franchi la lourde porte d’entrée du Dar El Cherifa que Jandal se trouve dans un patio face à une fontaine sculptée où deux dauphins crachent une eau limpide. Debout, en demi-cercle autour de la fontaine, cinq hommes et une femme l’observent. Ils ont dans les yeux cette étincelle qui laisse deviner un sentiment complexe de joie enfantine et de paix retrouvée après de longues inquiétudes. Ils le contemplent en silence comme s’ils le connaissaient depuis toujours. Mille ans passent entre chaque regard. Jandal à son habitude converse avec lui-même, mais cette fois en silence. Il a peur mais il a confiance.
Six présences amies. Six sourires.
Légèrement en retrait, le visage à demi-éclairé par la lumière d’automne qui ricoche sur l’eau de la fontaine, une femme éblouissante de grâce l’observe avec une autre forme d’intensité. Elle est drapée dans un sari bleu tissé d’or, immobile, les cheveux très noirs retenus en chignon, un regard tout aussi noir et un très petit cercle couleur terre entre les deux yeux, à la naissance du nez. Un anneau perce sa narine gauche et se rattache à son oreille par une fine chaîne d’argent. Près d’elle un homme de large stature semble tendu. Il ronge ses ongles, sa mâchoire grelotte un peu sous une barbe désordonnée. L’immobilité figée presque glacée de la femme en ressort encore plus solennelle. Jandal ne la lâche pas du regard. La glace devient fournaise. La femme élève très lentement ses bras près de son cœur et rapproche ses deux mains l’une contre l’autre, comme si elle caressait entre ses doigts une lueur invisible. Puis les deux paumes jointes à hauteur de son visage, elle s’incline subtilement devant lui sans le quitter un instant des yeux.
Le cœur de Jandal est près d’exploser. Ses yeux se détournent à regret de l’Indienne et viennent croiser ceux de l’homme à la grande stature. Un siècle. Le temps s’arrête. De singuliers échanges se nouent alors entre le scribe et les six sages qui viennent se nommer tour à tour.


Le remuant géant s’appelle Christian de Beaufort. Il vient du royaume de France. Il se présente comme le gardien du feu et prétend connaître les enseignements ésotériques du Christ, que l’Église s’efforce d’arracher au peuple. Il a déjà échappé à trois attentats et doute de survivre encore longtemps. Gabriel, fils d’Ariel, dont les ancêtres ont reçu la Loi des propres mains de Moïse… Mais bientôt on lui coupera les mains…
Gabriel, au visage d’ange, gardien de l’eau.
Le gardien de la terre s’appelle Gao Song. Il est chinois, connaît la loi des inverses, le sens de la Voie, l’alliance du ciel et de la terre. Il est moulé dans de vastes tissus de soie d’un rouge grenat qui ne peuvent dissimuler ses rondeurs orientales. Des lèvres lippues esquissent un sourire bienfaisant. Sa peau est glabre comme celle d’un vieux bébé. Inclinaison de la tête.
Le gardien de l’air se dénomme Artus. Il vient de la Perse lointaine et le langage des astres n’a aucun secret pour lui. Sa barbe impeccablement taillée, directement issue d’un bas-relief antique contraste avec la barbe désordonnée de Christian. Il baisse la tête vers l’Arabe avec un sourire subtilement frondeur. L’Indienne se nomme Shakti. Elle ne dit mot, mais ses amis la désignent comme la gardienne du temple.
Tazert, le Berbère, à la silhouette familière de grand oiseau dégingandé, se présente à son tour comme le gardien du palais et désigne Jandal aux cinq sages comme le gardien de la lumière. Puis il s’avance en souriant vers le scribe et l’invite à le suivre.

GKomm Diffusion, Quartier Peyrieux, 26740 Marsanne :: +33 (0)612 518 731 :: gkommdiffusion@gmail.com

18479 visiteurs