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22. Le Mejnoun

La particularité de cet Arcane est de ne pas porter de nombre. Il n’y a ici ni début ni fin. Tout est possible même l’ouverture vers un espace de totale liberté. Un personnage est face à l’étendue du monde, il n’est enfermé dans aucune limite. Le monde lui appartient.
Il ne sait pas forcément où il va, mais il va vers lui-même, il ne se laisse enfermer dans aucune définition.

Qu’y a-t-il de l’autre côté de l’arc-en-ciel ? Un trésor inestimable murmurent les traditions populaires, la fin du chemin révèlent les initiés ! « La fin c’est le commencement songe le Mejnoun, je n’atteins rien et rien ne m’atteint, je n’attends rien et personne ne m’attend. Je chemine à l’ombre des Touaregs, les yeux rieurs et moqueurs, je marche sur la lumière et la lumière danse sur moi. » La Croix du Sud sur son bâton montre qu’il a parfaitement intégré la Connaissance. Folie ? Sagesse ? Qui saurait le dire ?

Comme le Pèlerin il chemine dans le sens inverse d’une caravane que l’on distingue au loin. Mais c’est pour des raisons différentes. Il marche à contre-courant. Il possède dans son cœur tous les territoires du monde. Il est partout chez lui, il n’est nulle part chez lui. Que trouvera-t-il au pied de l’arc-en-ciel ? Il ne semble pas s’en soucier. Ni d’ailleurs de la hyène, du serpent et du scorpion qui sont sur son chemin et ne peuvent s’opposer à son passage.

La folie du Mejnoun cristallise les peurs de la société. D’ailleurs, la condition qu’une société fait à ses errants, marginaux, mejnouns touchés par les djinns, fadas touchés par les fées est proportionnelle à son niveau d’évolution.
Les pays dans lesquels on n’entend pas le Mejnoun, où on ne l’écoute pas, où on l’enferme derrière des barbelés, sont précisément ceux dans lesquels on entend le bruit des bottes, les cris des chiens et les sirènes sur les miradors.
Le Mejnoun s’est libéré de toutes les valeurs transmises par la mémoire, l’éducation et l’histoire, dans un processus de dépouillement radical : il vit dans la pure expérience, là précisément où chaque seconde est une nouvelle aventure. Le Mejnoun joue le rôle d’une modulation en musique ; il nous enseigne, une fois notre initiation achevée sur un plan, que nous pouvons reprendre notre bâton de pèlerin et repartir sur la route, découvrir d’autres expériences, entamer un nouveau chemin d’évolution dans d’autres plans.
Le Mejnoun est un alchimiste en route vers une Terre promise ; la terre du Promis.
Le Mejnoun marche. Et je marche avec lui.

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