2. Le Voile de l'Aube
L’aube perce sous la brume. Quelque chose d’insaisissable semble
se dissiper. Une connaissance mystérieuse est à la portée
de celui qui osera traverser ce voile. Mais le passage est difficile, la porte
étroite. D’anciennes mémoires flottent dans l’air
ambiant. La femme est-elle dissimulée derrière le voile ? Ou bien
dissimule-t-elle derrière le voile le secret des secrets ?
Les deux spirales, entre ses seins et sur son troisième œil, tournent
en sens inverse, appelant à l’harmonisation des opposés.
Celui qui croisera le regard de la femme sentira l’aube se lever en lui.
Un livre est ouvert sur la table. Une page est écrite, l’autre
non. Un livre ouvert à toutes sortes de lectures et de lecteurs. Ce livre
noir, couleur des transformations, aux pages blanches symboles de liberté,
délivre un message comme on met au monde un enfant. Le Voile de l’Aube
est le premier maître, la première femme, la femme sage.
Elle vient mettre au monde le Saltimbanque en le sortant du néant des
illusions, en le révélant à lui-même. Le Voile de
l’Aube implique aussi tout l’univers maternel. Mère, déesse-mère,
grande déesse archaïque, ventre de la fécondité, Gaïa,
Isis, Vénus. Le Voile de l’Aube symbolise le pouvoir de dialoguer
avec l’invisible intra-utérin, la puissance absolue de créer
le vivant, mais également la sage-femme, celle qui nous ouvre la première
porte, qui déchire le premier voile.
La mère est bien évidemment la première de toutes les femmes,
celle avec laquelle nous avons vécu notre première relation et
qui définira le modèle de nos relations futures avec les autres.
Le Voile de l’Aube symbolise ce qu’il y a de sage dans la femme,
ce qu’il y a de féminin dans la sagesse. Je me souviens du sens
profond du mot Sofia qui évoque « la part féminine de Dieu
». Cette femme ressemble à l’Isis voilée des ésotérismes
d’inspiration égyptienne. Symbolique insondable du voile, dont
l’actualité populiste voile le sens sacré et fausse le débat.
Il s’agit moins de mettre un voile sur la tête des femmes en leur
disant « tu m’appartiens » que d’enlever les voiles
que nous avons à l’intérieur de nos têtes.
Pour un homme, le Voile de l’Aube évoque la femme qui, à
un moment charnière de son existence, a ouvert une porte, montré
un chemin. Pour une femme, l’Arcane 2 représente sa propre féminité,
partie inhérente de soi. On parlera ici de l’archétype féminin
qui, même chez une femme, peut demeurer longtemps endormi.
Le Voile de l’Aube symbolise le passage du voile, la première porte,
l’ouverture du chemin, la frontière vers la Terre promise. Elle
propose au Saltimbanque de passer du monde profane au monde sacré, d’un
monde d’illusions à un univers de sagesse. Le Saltimbanque, en
fin de compte, vient au Monde. Il n’y a pas d’autre naissance que
de naissance à soi-même. La connaissance consiste à révéler
ce que nous portons d’essentiel en nous et que nous ignorons. Voilà
le vrai dévoilement, maïeutique socratique, accouchement de l’âme.
Ainsi, le Saltimbanque peut-il avancer. Il continuera à rencontrer ses
maîtres. Il apprendra à se rencontrer lui-même.