13.
Être une personne et n’être personne, voilà qui est
sensiblement la même chose.
Sans nom je cherche mon vrai nom. La personnalité est plurielle, l’identité
est singulière. Celui dont on ne prononce jamais le nom et qui chevauche
les mondes n’a d’égard pour aucun bien terrestre et temporel.
Tout est appelé à disparaître. Construire son identité
passe par la destruction de la personnalité. Rien ne résiste à
la chevauchée de l’infatigable danseuse, la faucheuse, le cavalier
des seconds mondes. Tout est en permanente transformation. Il en va ainsi de
notre identité que nous ferons éclore par l’effondrement
des cuirasses du Moi.
Cette lame ne portant pas de nom il serait bien maladroit de la nommer «
la Non-Nommée ». On y voit un squelette brandissant un sabre d’or
dans sa main droite. Il frappe tout ce qu’il croise, abandonnant au sol
ossements et têtes couronnées, mains implorantes, pieds coupés,
éclats de couleur. Cet Arcane 13 a fréquemment été
associé à l’image de la mort car celle-ci apparaît
le plus souvent dans l’iconographie traditionnelle sous la forme d’un
squelette portant une faux et labourant la terre, parfois même à
cheval. Toutefois, dans le Tarot de Marrakech, l’Arcane n’est pas
nommé. Peut-être est-ce par superstition : dire le mot c’est
appeler la chose. Peut-être est-ce parce que cet Arcane ne représente
pas la mort, ou bien pour signifier que la mort n’existe pas.
Ce moment où l’initié confronté à la pérennité
de toute chose et méditant sur une tête de mort se rend compte
de la nécessité de se dépouiller du cadavre de l’homme
terrestre pour générer en lui une nouvelle structure. La notion
de structure est en effet très importante dans l’Arcane 13. Nous
avons affaire à un squelette, et un squelette c’est une structure,
c’est-à-dire une base sur laquelle on peut construire.
Il s’agira donc ici de vérifier la solidité de ses fondements.
Le cheval, quant à lui, semble habiter deux mondes et ne faire qu’un
avec son cavalier. Comme si l’homme s’était identifié
à ses instincts animaux.
Symbole de puissance et d’énergie, le cheval doit être maîtrisé
par la sagesse et la raison. Et cela suppose transformation, retour à
l’essentiel de soi-même… La peau sur les os !
Le cheval relie les opposés. Il galope de la lune au soleil, de la mort
à la vie. Il figure aussi bien la monture des dieux que celle de la mort.
Il est en fusion avec le chamane qui le chevauche, franchissant les frontières,
traversant les univers, transcendant toute limite.